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Amateur : Les effets de la collectionnite
© Crédits photos : T.Ledoux pour 1855.

Je dois d’abord avouer que je suis atteint d’une petite maladie : la collectionnite aigüe. Après avoir collectionné des tas de choses, du porte-clés au pot de yaourt, je suis parti vers les vieux bordeaux à une époque où dans les ventes aux enchères, on trouvait de tout pour des prix raisonnables. Mouton-Rothschild - ce n’est pas très compliqué -, Lafite, puisque j’ai eu la chance de tomber sur des pré-phylloxériques vendus en vrac à l’encan, et puis Château Yquem, qui, à l’époque, était relativement facile à acquérir. « Ah ces vins sucrés, ce n’est pas bon, je m’en débarrasse, » entendait-on souvent à ce moment-là. Maintenant, hélas, ce n’est plus la même chose.

Ma collection de vins a été guidée par les crus et le hasard des ventes : on trouvait de vieux millésimes des grands châteaux, mais pas forcément ceux des petits parce qu’on pensait que ça ne durerait pas. Au bout d’un moment, on est repéré par les commissaires priseurs et on reçoit des tonnes de catalogue, actuellement, environ un par jour. Je balaie, je cherche et je vais prendre ce qui m’intéresse, des vins que j’ai envie de goûter ou produits par des vignerons que j’aime, des vins de vignerons décédés dont j’aimerais bien garder la trace. Par exemple, je n’ai pas connu Henri Jayer, mais je suis content d’avoir des bouteilles de son Cros-Parantoux.


Garder la trace des vignerons qu’on aime
Pour la bande dessinée, j’ai fait mon éducation grâce à une grand-mère généreuse qui m’a abonné au Journal de Mickey quand j’étais tout petit. De fil en aiguille, via la manie de la collection, j’ai continué : abonné au Journal de Mickey des années cinquante, j’ai recherché le Journal de Mickey des années trente. C’est maladif.

Pour le vin, j’ai un peu fait mon éducation tout seul parce que dans ma famille, ils n’étaient pas très amateurs. Comme j’habitais Grenoble, ce sont les vins du Rhône qui m’ont d’abord ému, notamment tout ce qui est syrah avec des nez de gibier. Qui plus est, je suis chasseur, alors ça m’a plu. Mes premiers vins, je les ai achetés par correspondance, il y avait plusieurs clubs qui vendaient à distance. Je tombais un peu dans le panneau des offres de bienvenue, puis, petit à petit, à force de goûter... Le meilleur truc, quand on a les moyens, c’est de boire du vin au restaurant car c’est là qu’on peut se forger le palais. Ensuite, ma collectionnite a fait son oeuvre...

A un moment, il y a quand même une limite. Soit on achète, on revend ce qu’on n’aime pas, on fait de la plus value etc... et on devient négociant en vins sans le savoir. Ça demande du temps, ça devient un métier et ce n’est pas mon truc. Soit on se retrouve avec un problème de quantité et de stockage, car à force d’acheter, il faut bien mettre les bouteilles quelque part. Mais j’aime bien la joyeuse pagaille, ne pas savoir vraiment ce qu’on a dans sa cave. De temps en temps, on descend et on dit : « Oh, c’est bien, j’avais ça, j’avais oublié ! » On sort la bouteille, comme un cadeau du père Noël, c’est formidable. Je connais des gens qui rentrent tout sur informatique, tous les jours : dès qu’ils vident une bouteille, ils l’enlèvent du stock. Horrible ! Des copains m’ont offert des livres de cave puis des logiciels de cave, mais il vaut mieux passer du temps dans sa cave que devant son ordinateur.

Choisir le vin du moment
A force de rencontrer des gens qui font du vin, on finit par les écouter, par regarder comment ils s’y prennent, et à s’intéresser à la façon dont le vin est fait. Prenez les Beaujolais du Domaine de Vissoux. Je ne pense pas que ce viticulteur ait des vignes cent fois meilleures que celles de son voisin, mais son vin est extraordinaire. C’est dans la vinification qu’il se passe quelque chose. Dans la dégustation, je recherche les vins qui ont leur moment. Des vins de Loire secs pour quelques huîtres à midi, un Sancerre vers dix heures et demie avec un crottin de Chavignol, un rosé très très très très pâle et très minéral pour l’été à midi, un Côte Rôtie bien puissant pour les bécasses qu’on aura chassées au moins de novembre. J’aime les vins qu’on boit en fin d’automne quand il fait froid, ceux qui sont un peu puissants, parfumés

C’est l’instant qui compte. L’autre jour, après des obsèques, j’ai invité quelques personnes. Je n’aurais pas eu l’idée d’ouvrir un champagne pour le décès de quelqu’un. Il faisait très froid, j’ai ouvert des Sauternes, ça a réchauffé le coeur de tout le monde, et c’était bien.J’aime bien que les gens s’intéressent à ce qu’il y a dans leur verre et fassent quelques remarques qui, parfois, sont étonnantes. Les femmes, en particulier, trouvent dans le vin des nez surprenants mais évidents. Et puis après, je pense qu’il faut que ça s’arrête, que ça doit être un bonheur pur. Qu’on parle de sous-bois, de réglisse etc..., oui, mais ça va bien deux minutes. Quand on commence à se demander pourquoi on est heureux, ça devient trop compliqué.
20 Avril 2012 - © Gérard Pangon

Secrets : Des éclats de civilisation
Climat, cépages et styles de vins : le vignoble germanique est le deuxième grand vignoble créé. Par les légions de l’Empire romain, il y a 2 000 ans, dès leurs campagnes guerrières transformées en victoires. Alsace, Rhin, Moselle. Toute la vallée du Rhin constitue un univers à part pour l’amateur de vins, un vestige de la puissance romaine.

L'or du Rhin

Alsace

« D’en haut, à travers les flots, pénètre une clarté de plus en plus vive. Elle se transforme en éclat d’or rayonnant et éblouissant. Une lumière magique irradie l’étendue des eaux. » Cette scène – l’ouverture de l’Or du Rhin de Wagner – se répète chaque matin d’automne dans les grands vignobles rhénans. Le soleil levant transperce la brume, peint son or sur les couleurs mordorées d’automne des collines, ricoche sur la surface du fleuve pour redoubler de puissance, et réchauffe les pentes glacées de sa chaleur naissante. Faute de chaleur et de soleil, ce vignoble colonise les meilleurs coteaux du Rhin, de la Moselle et les contreforts des Vosges en Alsace : les sols les plus abrités, les mieux exposés au soleil, les plus chauds, les plus protégés des vents et de la pluie.

Parce que nous sommes ici aux limites septentrionales de la culture de la vigne, les grands vins sont tous des vins blancs : les raisins rouges n’y trouveraient pas assez de chaleur. Seule la concentration des sucres et des parfums conférée par des vendanges tardives permet de compenser la faiblesse naturelle en acidité et en alcool des raisins. Deux cépages dominent ce vignoble. Le Riesling tout d’abord. Svelte, tendu, minéral et fruité. Il peut désarçonner par son acidité tranchante, mais, sublimé par la maturité du temps, il développe une complexité rare de parfums fruités et de compotes et une longueur au palais qui évoque les tours de la cathédrale de Strasbourg. Le Gewurztraminer
ensuite. Le plus aromatique et le plus envoûtant des cépages, qui vous enveloppe et vous subjugue de ses arômes orientaux de rose, de litchi et de fruits exotiques. Le style de ces vins ? Une grande tension, continue, extrême, entre la douceur du sucre
et l’acidité de la matière. Entre les parfums de fruits d’automne et les épices. Entre le froid de la nuit et le brasier du jour.

Le Clos des Ordres Monastiques
Bourgogne
Bénédictins. Cisterciens. Les vins de Bourgogne sont l’héritage millénaire des grands ordres monastiques du Moyen Age. Il y a 1 500 ans, avec la désagrégation de l’Empire romain, le retour de la barbarie détruit presque tout le vignoble antique qui ne survit alors que dans quelques îlots de civilisation, dont la Bourgogne. Le « miracle » des vins de Bourgogne commence à la fin du premier millénaire. En ces temps sombres qui suivent la mort de Charlemagne et la dislocation de son empire, l’Europe, recouverte par une immense forêt, est menacée par la barbarie. Mais de Bourgogne, va partir le principal mouvement de reconquête de la civilisation. C’est là que sont situés les deux principaux foyers de réforme monastique de l’Occident chrétien : les bénédictins à Cluny (909) près de Mâcon, et les cisterciens à Cîteaux (1098), près de Dijon. Les deux plus grands ordres monastiques du Moyen Age, dont la puissance et la richesse dépassaient celles des rois. Cluny est une abbaye bénédictine, fondée par Guillaume Ier, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon. Elle reçoit les plus importants pouvoirs jamais concédés à un ordre monastique.


La célèbre abbatiale de Cluny est alors la plus longue église de la chrétienté Les qualités spirituelles des moines inspirent les fidèles : les donations sont immenses. Cluny devient l’abbaye la plus riche d’Occident. Ora et labora. « Prie et
travaille ». Tel est l’idéal de la règle de vie des bénédictins. Appliquée au vignoble, cette règle pousse les moines à se lancer dans une vaste quête. Avec leur tunique noire, leurs livres et leur hache, ils arrachent l’Europe à la forêt et à la sauvagerie. Comme jamais auparavant, et avec discipline, ils étudient les sols, les expositions, les cépages, le vent dans les vignes... Leur façon d’accomplir sur terre l’oeuvre de Dieu. Un autre grand ordre est créé en 1098 par Robert de Molesme, qui revendique un retour à l’austérité face à l’opulence de Cluny : l’ordre de Cîteaux (Côte-d’Or).

Les cisterciens, à la robe blanche et au scapulaire noir, prônent un retour strict à la règle de saint Benoît apprise des Pères du désert. « L’oisiveté est ennemie de l’âme. » Aussi, les cisterciens cultivent-ils la vigne avec abnégation. Grâce à des dons de riches seigneurs bourguignons et à l’achat de terres par l’abbaye, ils deviennent propriétaires de la plupart des grands vignobles de Bourgogne. Dont le Clos de Vougeot (1115), qu’ils garderont sans discontinuité jusqu’à la révolution française. Les frères cisterciens de Pontigny créent, eux, le vignoble de Chablis. L’inspiration de ces moines est d’essence divine : pour la messe, mais aussi pour la table, Cluny et Cîteaux veulent le meilleur vin de la chrétienté, comme offrande à Dieu. Comme toute notion de rentabilité leur est étrangère, ces hommes portent à la perfection le vin, en créant dès les XIVe et XVe siècles ces clos à l’origine des plus beaux noms du vignoble : Montrachet, Romanée...

En ces temps de guerres, d’invasions et de croisades, le savoir ne se transmet qu’à l’abri des murs des abbayes. Par leur puissance et leur grande stabilité foncière dans le vignoble de Bourgogne, les bénédictins et les cisterciens
permettent la transmission des secrets du vin et des sols. Cette quête est transmise de génération en génération, d’abbé à abbé, de moine à moine. Sans cette volonté, jamais n’auraient été accomplis une telle accumulation de connaissances et un tel patient et minutieux travail empirique de définition des meilleurs sols et des meilleurs cépages.


Pendant mille ans, du baptême de Clovis en 498 à l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique en 1492, le vin de Bourgogne a bien été « le plus grand des vins de toute la chrétienté », comme le clamaient avec fierté les ducs de Bourgogne. Pour l’amateur, chaque bouteille de vin de Bourgogne est un livre. Un vieux livre de 1 000 ans d’âge, qui raconte l’histoire de toute la chrétienté en Occident. N’est-ce pas là la raison de la fabuleuse richesse et complexité de ces vins ? Dès l’instant où l’on s’approche d’un verre de Bourgogne, le mystère s’épaissit. Souvent éduqué au Bordeaux, l’amateur doit déployer toute son attention pour percer le sens de ce qui se présente à lui : un liquide reflet des plus belles pierres précieuses.

En Bourgogne, les vins rouges irradient toutes les couleurs du rubis. Dans les vins rouges jeunes ou plus simples, ce sont les parfums de fraise, de cerise et d’épices qui jaillissent dans une simplicité pleine de vie et de fraîcheur. Dans les grands et vieux millésimes, peuvent apparaître de fabuleux parfums de sous-bois et de feuilles mouillées, luxuriants, et même parfois, en particulier sur les Clos de Vougeot et sur la Romanée- Conti, de truffe noire. Au palais, c’est l’opulence, la générosité et la profondeur qui dominent. Plus voluptueux qu’un grand Bordeaux, le vin de Bourgogne vous offre des trésors liquides de désirs et de sensualité. Chablis, Meursault, Montrachet... Les vins blancs jouent eux sur la palette de la lumière, miroir de la beauté transparente des vitraux des abbayes et de la lumière céleste. Pommes, pêches, épices, miel et noisette, beurre frais, fleurs blanches, pain d’épice. Les parfums vous enivrent par leur extraordinaire complexité. La dégustation inspire le silence. Le recueillement s’impose pour apprécier leur délicatesse. Vous sentez que vous avez le privilège de goûter aux plus grands vins blancs du monde. Tout est ici finesse et complexité. Nulle part ailleurs dans le monde, le vin n’atteint en même temps un tel degré de subtilité, de profondeur et de mystère. La Bourgogne est un monde de culture, pas d’argent. Un cheminement, pas une destination. Un parcours personnel. Le vestige d’un passé oublié, dominé par le sacré. Le véritable legs des bénédictins et des cisterciens pour ces temps agités. Le vignoble initiatique par excellence.

Le Jardin Renaissance

Vallée de la Loire
Au sortir du Moyen Age et avec la Renaissance, le centre des grands vins français se déplace avec la cour itinérante des Valois – François Ier ; Henri II et Henri III – vers la vallée de la Loire. Chinon, Bourgueil, Angers, Saumur, Tours : les vignobles se subliment et sont créés pour suivre les déplacements de la cour royale itinérante de la Renaissance. Disséminé en autant de jardins dans les plis du fleuve, de vallon en vallon, de château en château, le vignoble chanté par la Pléiade se fait humaniste. Voilà pourquoi les vins de la vallée de la Loire sont les dignes fils de Rabelais ; à la fois populaires et savants, immédiats et philosophiques. Pleins de plaisanteries mais aussi de rêves humanistes. En suivant le fil de son cours sur mille kilomètres, de l’Ardèche à l’Atlantique, la Loire écrit une composition savante et raffinée de six grands vignobles, alternant les couleurs de vins et les sols.


De la source à l’embouchure du fleuve, les vins blancs secs, liquoreux, et les rouges se répondent en ordre inversé, à l’image des rimes des sonnets de la Pléiade. Aux deux extrémités les blancs vifs et secs des fruits de mer : le vibrant Sancerre à l’est et le discret Muscadet à l’ouest. Ensuite, de part et d’autre, les grands blancs issus du cépage Chenin, tendus entre fraîcheur acide et douceur miellée : le Vouvray à l’est ; Savennières, la perle de la Loire, et les Coteaux du Layon à l’ouest. Et au centre du vignoble, rubis, les rouges de Chinon, Bourgueil et Saumur où le cépage Cabernet Franc offre des vins pleins de joie de vivre et de rires. Un ordre caché, savant, digne des versifications raffinées de Ronsard. Les meilleurs artistes du vin de la vallée de la Loire recherchent la simplicité raffinée d’une osmose avec la nature et ses forces. A l’instinct, ces hommes continuent les spéculations et recherches des hommes de la Renaissance comme Pic de la Mirandole ou Leonard de Vinci sur l’équilibre de l’homme et du cosmos, et cherchent à refléter le macrocosme dans le microcosme.

Le goût de bien manger, la convivialité, la bonne humeur. Dans la vallée de la Loire, l’amateur se retrouve bien au pays de Pantagruel et de Gargantua. La Loire coule trop au nord pour offrir un vignoble étendu de vins rouges qui demandent toujours beaucoup de soleil et de chaleur ? Eh bien, ce seront les vins blancs qui domineront, comme en Champagne. Les couleurs franches et vives de ces vins mettent de la bonne humeur dans le verre et dans les têtes. Leur vivacité et leur fraîcheur titillent les papilles et ouvrent l’estomac. Pas de cérémonie ; guerre au sérieux : on ne s’ennuie jamais en leur compagnie. Toujours frais et désaltérants, vifs et fruités, ils charment par leur simplicité. Des vins de plaisir faits pour se réchauffer le coeur et « s’esbaudir les esprits animaux », comme disait Rabelais.
13 Avril 2012 - © Rédaction 1855

Embouteillage en Chine
Plaimont va construire en Chine, avec un partenaire local, une usine qui pourra embouteiller 8 millions de cols par an, que la coopérative du Gers ( Sud-Ouest ) aura expédié en vrac. Elle vend actuellement 40 millions de bouteilles dans le monde, dont 1 million en Chine, et compte parvenir à 55 millions en 2015.
4 Janvier 2012 - © 1855

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