Jean-Marc Quarin |
Publié le 5 Janvier 2012 | ![]() |
En 1999, Stéphane Derenoncourt, consultant réputé, oeuvre comme maître de chai à Canon La Gaffelière. Pour acheter 2,5 ha de Côtes de Castillon, il lance une souscription, chaque souscripteur devant par la suite retrouver sa mise en équivalent vin.
Augmenter la densité des vignes, bien choisir ses cépages et vinifier au bon moment, telle est la recette pour faire d'un simple Côtes de Castillon tout un monde douceur. Encore faut-il s'appeler Stéphane Derenoncourt pour la réussir.
En 1999, Stéphane Derenoncourt, consultant réputé, Üuvre comme maître de chai à Canon La Gaffelière . Pour acheter 2,5 ha de Côtes de Castillon , il lance une souscription, chaque souscripteur devant par la suite retrouver sa mise en équivalent vin. Ainsi naît le Domaine de l'A. Sans tarder, Stéphane Derenoncourt augmente la densité de plantation de ses vignes, ajoutant un rang au milieu de deux espacés de 3 mètres. Cette opération s'avérera essentielle pour éviter le creux de milieu de bouche inhérent à toute cette région, plantée large pour des raisons de coût de production. La densité actuelle du Domaine de l'A est de 7400 pieds/ha, alors que les crus classés de Saint-Emilion sont en moyenne à 6600 pieds/ha.
Le cru s'agrandit un peu chaque année pour faire la part belle à du cabernet franc sélectionné à l'Eglise Clinet ou à Pavie Macquin. Aujourd'hui sa superficie avoisine les 10 ha sur des sols argilo- calcaires. Le travail du vignoble s'appuie sur les principes de la biodynamie sans en avoir la contraignante certification. Le vin est élevé en 50% de bois neuf, de chauffe moyenne ; les bouchons viennent d'Espagne de chez Manuel Serra. Au départ, l'assemblage était de 60% merlot, 30% cabernet franc et 10% cabernet sauvignon. Il change à partir de 2006 pour devenir 70% merlot et 30% cabernet franc.
Stéphane Derenoncourt est, selon moi, le grand vinificateur bordelais des terroirs argilo-calcaires. Il y a réhabilité la finesse des tannins trop souvent grossiers avant ses interventions. La texture du Domaine de l'A se présente comme un modèle, et le cru en tire une bonne part du plaisir qu'il suscite. Ce monde de douceur est aussi bâti en droiture plutôt qu'en excessive largeur, ce qui étire affine. Le rôle du cabernet franc est là essentiel, celui de l'expression du merlot sur calcaire aussi. Dans l'ensemble, les vins sont fruités au nez sans être éclatants : le prix à payer pour adoucir la texture est probablement celui de vendanges plus mûres et plus tardives, ce qui tend à écrêter l'éclat du fruit, mais dans l'élaboration du vin, il faut choisir, arômes ou tannins ! Aujourd'hui, le Domaine de l'A peut sans crainte être goûté à l'aveugle à côté de crus à l'étiquette plus réputée.