José Peñin : itinéraire d'un héraut
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Publié le 25 Novembre 2011 |
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Parce qu'il s'est pris un jour de passion pour le vin, José Peñín s'est mis au journalisme. En quarante ans, il est devenu le chantre le plus célèbre du vin espagnol et son Guide est un incontournable. Retour sur un parcours tranquille.
Parce qu'il s'est pris un jour de passion pour le vin, José Peñín s'est mis au journalisme. En quarante ans, il est devenu le chantre le plus célèbre du vin espagnol et son Guide est un incontournable. Retour sur un parcours tranquille.
« J'essaye de parler vin pour un consommateur urbain pas pour un consommateur élitiste ou initié. » Tel est le credo de celui qu'on surnomme souvent le « Parker espagnol », José Peñín, fondateur du guide des vins espagnols qui porte son nom. « Les dégustations d'Ünologues sont très intéressantes, ajoute-t-il, mais elles ne transmettent pas d'émotions. Elles sont techniques, parlent plus de la « propreté » du vin que du plaisir de le boire. »
Journaliste depuis près de quarante ans, José Peñín fait partie de ces gourous de l'Ünologie qu'on retrouve un peu partout à travers le monde, qu'il s'agisse d'un jury international, d'une table ronde sur les périodiques consacrés aux vins ou d'un colloque sur la manière d'évaluer les grands crus. Mais il cherche sans cesse à se démarquer, refuse « le corporatisme ou le côté partisan. » Comme s'il voulait perpétuer la modestie de ses premiers pas dans le monde du vin.
Le cheminement d'une passion
Au début des années soixante-dix, alors que la contestation gagne dans l'Espagne franquiste, José Peñín piétine dans des entreprises commerciales qui ne le passionnent guère. Un jour de l'hiver 1974, il rencontre Isabel Mijares, qu'on n'appelle pas encore la « señora vino » mais qui en impose déjà dans les milieux viticoles espagnols : petite fille d'un vigneron de la province de León, elle a étudié la chimie et le français puis bénéficié d'une bourse pour aller s'initier à l'Ünologie à Bordeaux où elle a travaillé avec le célèbre Emile Peynaud dont les méthodes de vinification ont transformé le Bordelais.
 | Avec elle, José Peñín apprend à sentir, à goûter, à comprendre. Fasciné par la multiplicité des terroirs espagnols, il décide de partir à la découverte de tous ces vins, à une époque où « leur image est celle de vins en vrac produits un peu n'importe comment pour satisfaire une forte demande intérieure. » Au bout de quelques mois, il fonde Cluve, l'un des deux premiers clubs espagnols de vente de vins par correspondance. Pour donner à ses adhérents les éléments qui leur permettront de choisir leurs achats, José Peñín se met à écrire, et il y prend goût : « J'aime raconter ce que je sais, la critique fait partie de mon caractère, et j'ai plaisir à partager mes connaissances avec les autres parce que cela enrichit ma pensée. » Cluve est un succès et le style Peñín aussi : sa façon de parler des vins est plus analytique que passionnée, il raconte l'histoire du vin autant que le plaisir de le boire, invite l'amateur à prendre conscience de ses propres goûts. « J'aime décrire une dégustation avec un sens critique et sans parti pris, je crois que c'est la bonne formule pour convaincre. » En 1980, alors que The Baltimore-Washington Wine Advocate, la newsletter que Robert Parker publie depuis deux ans, est encore diffusée de manière |
confidentielle, José Peñín fonde
Bouquet, le premier magazine espagnol consacré au vin. Sa façon d'en parler, son approche qui prend en compte l'histoire des vignerons eux-mêmes, et sa manière de donner des notes, ce que personne en Espagne n'avait fait avant lui, rencontrent un large public. Le voilà projeté sur le devant de la scène : radio, télé, El País, Il Mundo, Decanter en Angleterre, Essencia do Vinho au Portugal… dans les médias spécialisés ou non, il donne son avis, tient des chroniques, rédige des billets. A force de parcourir le vignoble espagnol, il est totalement persuadé qu'avec « sa variété très large de sols, de cépages, de climats et d'orientations, celui-ci peut donner naissance à des vins très personnels, pour peu que de jeunes viticulteurs décident de s'y mettre : le vin découle de l'art de l'Ünologue. » Alors, il veut faire plus et mieux.
La connaissance puis le plaisirNouvelle étape en 1983 : José Peñín crée le Grupo Peñín avec l'objectif ambitieux de fournir des conseils sensoriels aux entreprises vitivinicoles, de les aider à définir leur stratégie de communication et leur développement commercial, mais aussi d'imaginer des volets pédagogiques avec un magazine,
Sibaritas, des livres, un guide annuel et des cours de dégustation. Ainsi naît le
Guiá Peñín de los vinos de España, qui recense chaque année environ 10 000 vins, dont l'édition 2010 est la vingtième et qui est maintenant traduit en anglais et en allemand. Avec toujours le même état d'esprit : privilégier d'abord la connaissance, comprendre le travail du viticulteur, comparer les vins année après année.
« Il faut une culture riche pour situer un vin dans l'histoire, dans le terroir, dans la perception de celui qui l'a élaboré. Le plaisir viendra après. » « La musique est le vin de l'ouïe »
Depuis quelques années, José Peñín a pris un peu de recul. Lui qui n'a jamais réussi à équilibrer comme il l'aurait voulu vie professionnelle et vie personnelle, consacre un peu plus de temps à autre chose, va un peu plus voir le cinéma qu'il adore, en particulier les films noirs, le néoréalisme italien des années cinquante et les films iraniens, écoute un peu plus de musique.
« Le vin est prétexte à mieux connaître notre sens du goût et de l'odorat ; la musique est le vin de l'ouïe. Musique et vin doivent entrer dans notre corps doucement, c'est pourquoi j'aime la musique douce et tranquille comme le classique, la smooth jazz, la bossa nova et le blues. » Le vin, bien sûr, restera toujours au cÜur de son univers, mais à près de soixante-dix ans, il est bien conscient que son avenir, c'est le présent.
Gérard PangonAutres articles du dossier « Vins d'Espagne »
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