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De la Syrah en Bourgogne ?
Mardi 2 Décembre 2008
Si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel, la température moyenne augmentera de 5°C en 100 ans. Ce qui signifie que les trois-quarts de la France seront sous un climat de type méditerranéen. Cela fait rêver ? Pas vraiment lorsqu’on envisage les conséquences : la disparition des vignobles du Rhône, de la Provence et du Languedoc-Roussillon et une modification profonde de tous les autres vignobles français!

Typicité modifiée
Le signe le plus éclatant de ce réchauffement anormal est la précocité actuelle des vendanges. La vigne observe en effet un cycle végétatif plus court, comme à Châteauneuf-du-Pape où les premiers coups de sécateurs sont désormais donnés un mois plus tôt qu’il y a 50 ans! Mais, ironie de l’histoire, ces quelques degrés supplémentaires sont, pour le moment, jugés bénéfiques à la vigne, ce qui ralentit considérablement la prise de conscience. Or les cépages français sont désormais à la limite de leur zone de production potentielle ; le grenache et la syrah seront bientôt l’affaire des Bourguignons (si leurs sous-sols les acceptent) et le pinot noir celle des uniques Alsaciens et des Champenois. Problèmes d’irrigation et stress hydrique pour certains, problèmes d’humidité et de maladies pour d’autres ; et au-delà, des teneurs en acidité et en sucre qui changent...

Si le scénario catastrophe du changement climatique se réalise, c’est toute la logique actuelle des Appellations d’Origine contrôlées (AOC) basée sur la typicité des terroirs qui s’écroule. La solution immédiate ? Une recherche d’acidité de plus en plus importante de la part des producteurs, afin de conserver l’équilibre et la typicité de leurs vins.

Nouvelle ère
Le réchauffement climatique redessine la carte des vins, plus précisément, il entraîne un glissement des frontières traditionnelles vers les extrêmes nord et sud selon l’hémisphère. Le cas de l’Espagne, vignoble le plus fécond d’Europe actuellement, est en ce sens
dramatique. Ses vignerons pourraient voir tous leurs efforts anéantis d’ici quelques dizaines d’années car la chaleur serait telle dans leurs vignobles qu’elle empêcherait toute production de vins secs, blancs comme rouges. Trop puissants, déséquilibrés, alcooleux, imbuvables… Les terres californiennes les plus éloignées des côtes pacifiques sont également dans la ligne de mire du réchauffement climatique industriel.

Si ce bouleversement cultural et culturel n’a pas vraiment de gagnants, les pays du nord de l’Europe devraient cependant devenir les nouveaux eldorados du vin, notamment des fragiles chardonnay et pinot noir. Cette migration des cultures a d’ailleurs déjà commencée puisque l’Allemagne, déjà reconnue pour ses vins blancs, produit de plus en plus de vins rouges, tandis que l’Angleterre se lance dans les effervescents, et le Danemark et les
Pays-Bas sondent leurs sous-sols…


Photo: Jean-Luc Chapin

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