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La revanche du rosé
Lundi 10/07/2006
Rouge, blanc, rouge, blanc, rouge, blanc… Le monde du vin en France, au nom de la tradition, a beaucoup de mal à se mettre à la 3D, ou plutôt à la 3C, pour 3 Couleurs. Plus axé défilé militaire que valse à trois, quatre ou dix temps, il considère toujours le rosé comme un sous-produit. Mais la réalité est autre. Car si "au village sans prétention, il a mauvaise réputation", le rosé a réussi en une décennie à séduire une clientèle d'avenir très prisée : celle des jeunes et des femmes.
Cantonné au statut de vin d'été, le rosé est dévalorisé par les papes du "vin pur". C'était sans doute oublier qu'une religion ne fait jamais l'unanimité et que tous les impies - les femmes et les jeunes en l'occurrence - iraient chercher leur paradis ailleurs. Pour expliquer cet engouement soudain, on évoque la féminisation de la société, la mode du rose, de la cuisine du monde, de la world music, et autres raisons pseudo sociologiques. Car d'une certaine manière, n'est-ce pas encore une fois retirer du mérite au rosé ? Les raisons ne sont-elles pas inhérentes au produit lui-même ? Le rosé est un vin frais, fruité et léger, effectivement moins alcoolisé et moins cher que ses confrères et donc idéal pour l'été et les petits budgets. Et pour peu que ce vin rosé vienne d'une grande maison de tradition, vous aurez en main la meilleure des raisons qui soit : le rosé bien fait est un vin de grande qualité.
Une clientèle jeune et féminine et une échappée belle des ventes de rosés - elle vient de dépasser celles de vins blancs en France - auront suffit à attirer l'attention des services marketing. Euphorisées par cette liberté de création qu'offre ce vin "sans noble passé" ni statut défini, l'on voit fleurir partout en Europe des flacons sérigraphiés, fantaisistes ou multicolores. Le rosé est tendance et tant mieux puisque ce succès a eu pour effet direct d'élever leur niveau de qualité et de libérer leur production. Aujourd'hui, toutes les régions élaborent leur cuvée de rosé. Sans aucun complexe, comme le rosé lui-même.
10 Juillet 2006 - © Le Figaro
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