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Michel Rolland en Argentine
Lundi 27/06/2005
Marcello Chocarro Michel Roland, vous êtes l'un des meilleurs œnologues au monde. D'origine française, bordelaise, vous avez atterri pour la première fois en Argentine en 1987 dans la vallée de Calchaquier. Aujourd'hui, votre entreprise de conseils, Eno Rolland, participe à de nombreux projets viticoles argentins. Comment trouvez-vous Mendoza ? Michel Rolland Le climat est très bon pour le vin. Le raisin arrive facilement à pleine maturité ici.
MC Quand vous êtes arrivé ici en 1987, vous avez parcouru beaucoup de chemin. Quelles sont les plus grandes différences entre les vins argentins d'il y a 20 ans et ceux d'aujourd'hui ? MR Ils n'ont absolument rien à voir ! Quand je suis arrivé, j'ai voulu goûter tous les vins pour juger du niveau et surtout comprendre quel type de vins on produisait ici, quelles étaient leurs caractéristiques. Je dois avouer qu'à l'époque, les vins n'étaient pas du tout de mon goût ! Je ne peux pas vous dire s'ils étaient bons ou pas, ils n'étaient juste pas de mon goût. Mais depuis 17 ans, tout a changé. Aujourd'hui l'Argentine produit quelques vins de très haut niveau. Plus encore, la mentalité des producteurs a changé et c'est bien ça le plus important. L'Argentine était un marché intérieur très important, mais la question était comment exporter ? Exporter du vin c'est une autre affaire car les autres pays n'ont pas la même culture. Il faut faire des vins qui leur plaisent. Aujourd'hui, l'Argentine sait produire des vins qui intéressent le marché international.
MC Comment percevez-vous le Malbec argentin à l'étranger ? MR Je suis personnellement un grand défenseur du malbec argentin. En France, ce cépage est le roi de la région de Cahors. Mais la région n'a rien à voir avec l'Argentine. Et puis, le malbec est vraiment l'image de l'Argentine, c'est le cépage qui grandit le mieux ici. Il possède un caractère très intéressant et sa personnalité donne de très bons vins. J'ai toujours dit que le malbec devait être la bannière de l'Argentine viticole. Je suis complètement fan du malbec et c'est pour cette raison que je travaille dessus actuellement.
MC Vous avez parlé de Neuquèn, une nouvelle région viticole. Avez-vous quelque projet là-bas ? MR Oui. Vous savez, l'Argentine est mon deuxième pays de cœur. Je suis français car je suis né en France mais l'Argentine est mon second pays, je m'y sens tellement bien. Elle m'enchante et c'est pour cette raison que je suis en train de travailler avec la Bodega del Fin del Mundo dans la région de Neuquèn. Il s'agit d'un projet tout à fait nouveau dans une région au potentiel, je pense, énorme. Les vins qui en sortiront seront très bons, j'en suis certain, mais pour l'instant, nous essayons de comprendre la région. Le climat et le sol y sont très particuliers.
MC Que manque-t-il à l'Argentine viticole ? MR Il y a énormément d'entreprises viticoles dans le monde, vous savez. Toutes ces entreprises ont leur personnalité et nous ne devons pas les changer. Chacun doit suivre son propre chemin. Pour ce que j'ai vu de l'Argentine, c'est très positif. Chaque jour il se fait des vins de plus grande qualité et qui me plaisent beaucoup. L'Argentine est en très bon chemin. De plus en plus de monde s'intéresse à vos vins, au malbec principalement car c'est un vin différent. Après ça, évidemment, comme dans chaque pays, nous rencontrons de tout, des bons et des mauvais vins. Aucun pays n'arrivera jamais à 100% de bons vins ! Mais on ne doit se préoccuper que du positif.
MC Parlez-nous de Bodega Carinae dont vous vous occupez… MR C'est la Bodega de Philippe Subra, un Français, mais ce n'est la raison pour laquelle je l'aide ! Philippe est quelqu'un de très simple qui aime l'Argentine. Après avoir travaillé en France, il s'est installé ici pour réaliser un de ses rêves. C'est quelqu'un d'incroyablement enthousiaste. Il veut faire de très bon vin, le meilleur si possible. Je suis allé voir ses vignes, c'est très intéressant. Carinae sortira du très bon, c'est sûr, car les gens qui le fabriquent y croient et travaillent dur. Cette volonté est aussi importante que la connaissance du terroir.
MC C'est un vin à la couleur très intense, un jeune vin concentré, malléable, opulent. MR Oui, exactement et c'est le style de Philippe : ce vin a une âme, un cœur.
MC 2004 est une année dont le printemps et l'été ont été frais. Les températures au-dessous de la moyenne vous ont-t-elle gêné ? MR C'est une année un peu différente des autres. Mais j'ai goûté les raisins, il y a quelques jours, et ils sont bons. Ils ont le goût du temps plus frais. Ils sont peut-être moins concentrés, mais ils sont très bons, il n'y a que ça qui compte pour un oenologue.
MC Quelles sont, pour vous, les régions montantes en Argentine ? MR Neuquen et tous les terroirs autour de Mendoza comme Tupungato, Tunuyan, San Carlos. Et puis de Vistalba jusqu'à Lujan de Cuyo et Maipu, on fait du grand vin. Il y a tant d'espace en Argentine, tant de climats différents !
MC Dernière question, très générale, qu'est-ce que le vin pour vous ? MR C'est ma vie ! Le vin est un plaisir, j'ai dégusté beaucoup de vins dans ma vie. En général, je choisis un vin parce qu'il m'enchante. Et j'aime que les gens prennent également du plaisir quand ils boivent du vin. Le vin est une fête, une communion. L'âme du vin, c'est ça. Il faut faire du bon vin pour le mauvais ennuient les gens. Je ne suis pas en train de rêver, je suis même très réaliste quand je vous dis que l'avenir appartient aux bons vins, ceux qui donnent du plaisir et qui créent de la convivialité.
27 Juin 2005 - © La Red
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