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A une flûte de la rupture
Mercredi 16/11/2005
Rupture. Du latin ruptura qui signifie « séparation brusque, perte d'équilibre, fait de disjoncter »… Une rupture peut être définitive comme elle peut rassembler à jamais. Pour une grande propriété, la rupture de stock est une perspective aussi redoutable que l'excès de stock. C'est indéniablement des clients qui s'en vont. C'est l'histoire cocasse du grand chef Joël Robuchon et du charismatique communicant de la maison Moët et Chandon, Jean Berchon. Un jour de 1984, à court de Dom Pérignon 1976 et dans l'attente du millésime 1978, Moët et Chandon est passé à une flûte de rompre à jamais avec Joël Robuchon. Le chef à la toque auréolée, s'apercevant que son stock de Dom Pérignon 1976 était épuisé, fit appeler la maison champenoise. L'employé lui répondit que les derniers Dom Pérignon 1976 étaient réservés aux restaurants de deux ou trois étoiles. La rupture diplomatique était déjà palpable. Cependant, par le plus grand des hasards, le grand communicant du domaine, Jean Berchon, déjeunait chez Robuchon ce jour même. À son arrivée, on lui proposa, bien entendu, une coupe de champagne qu'il attendit, interdit, pendant plus de vingt minutes jusqu'au moment où le maître des lieux, apparaissant un sourire narquois aux lèvres, lui fit ce commentaire : « Si monsieur Robuchon peut attendre quatre mois son Dom Pérignon, monsieur Berchon peut bien l'attendre vingt minutes ». Après cela, ils ne se sont plus quittés et Dom Pérignon n'a plus eu de blancs si l'on peut dire ! La preuve : Dom Pérignon sort, ces jours-ci, le millésime 1998 qui succède au brillant 1996. Encore un peu jeune, le nouveau millésime a une belle vie devant lui avec sa belle acidité, son crémeux charmeur et son déroulé élégant. Et Jean Berchon de le qualifier « sans couture, sans raccord, sans rupture » !
16 Novembre 2005 - © Le Monde
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